En bref
Une loi agricole qui rouvre la porte aux néonicotinoïdes et divise profondément le monde paysan.
- Promulguée le 12 août 2025 après censure partielle du Conseil constitutionnel
- Réautorise sous conditions l’acétamipride, interdit en France depuis 2020
- Facilite l’agrandissement des élevages et les projets de mégabassines
- Une pétition contre le texte dépasse 2 millions de signatures
C’est quoi la loi Duplomb exactement ? Il s’agit d’une proposition de loi agricole portée par le sénateur Laurent Duplomb, votée à l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025 puis promulguée le 12 août malgré une censure partielle. Le texte lève plusieurs contraintes environnementales pour les agriculteurs, avec en tête d’affiche la réintroduction dérogatoire de pesticides néonicotinoïdes. On te déroule tout, sans jargon juridique, avec les vrais enjeux derrière les gros titres.
Définition et genèse : bien au-delà d’une simple loi agricole
La loi Duplomb n’est pas un simple ajustement technique du code rural. C’est une proposition de loi déposée en 2025 qui vise à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur, un objectif affiché qui cache en réalité trois chantiers distincts. Laurent Duplomb, sénateur Les Républicains de Haute-Loire, porte ce texte avec son collègue Franck Menonville. Le gouvernement de l’époque soutient la proposition de loi, considérant qu’elle répond à une crise de compétitivité du secteur agricole. On y reviendra, mais ce texte hérite directement des manifestations d’agriculteurs qui ont bloqué les routes en 2024.
Pourquoi cette loi a émergé en 2025 et qui l’a vraiment portée
La FNSEA a joué un rôle décisif dans la rédaction de ce texte. Le syndicat agricole majoritaire a porté plusieurs revendications directement intégrées dans la proposition de loi, notamment sur les seuils d’autorisation environnementale. Entre mai 2025 et août 2025, le calendrier parlementaire s’accélère sous pression syndicale. Nous pensons que cette proximité entre un syndicat et le texte de loi explique en grande partie la violence du débat public qui a suivi. Les agriculteurs français, eux, restent divisés sur le fond, un point que la presse a largement sous-traité.
Les trois piliers invisibles du texte original
Trois logiques structurent réellement les articles de cette loi. D’abord un volet pesticides centré sur les dérogations, ensuite un assouplissement des règles ICPE pour l’élevage, enfin une réforme du conseil phytopharmaceutique qui passe presque inaperçue. L’agriculture et l’environnement sont mis en tension dans chaque article, sans qu’aucun arbitrage clair ne tranche entre les deux priorités.
Le contenu exact : pesticides, eau et élevages intensifs
Le texte de la loi Duplomb agit sur trois fronts concrets. Le premier concerne les pesticides et particulièrement les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides controversée. Le deuxième porte sur la gestion de l’eau agricole. Le troisième vise l’élevage intensif via un relèvement des seuils ICPE. L’ANSES, l’agence chargée d’évaluer la sécurité sanitaire des produits phytopharmaceutiques, se retrouve au centre du dispositif puisque c’est elle qui doit encadrer les dérogations accordées.
Acétamipride et néonicotinoïdes : le cœur de la polémique
L’acétamipride cristallise toute la contestation contre cette loi. Ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes est interdit en France depuis 2020 en raison de sa toxicité documentée, alors qu’il reste autorisé ailleurs dans l’Union européenne. La loi Duplomb rouvre une dérogation temporaire pour certaines cultures, betterave sucrière et noisette en tête. Les scientifiques alertent depuis des années sur les effets de cette molécule sur le système nerveux et sur les pollinisateurs.
Bassines et élevages : l’industrialisation accélérée
Le texte facilite la construction de mégabassines et l’agrandissement des bâtiments d’élevage. Concrètement, les seuils déclenchant une autorisation environnementale complète sont relevés, ce qui accélère les procédures pour les élevages porcins et avicoles. L’environnement et l’agriculture entrent ici en collision frontale, puisque ces retenues d’eau captent une ressource déjà sous tension dans plusieurs bassins versants français.
Ce que le Conseil constitutionnel a réellement rejeté et pourquoi
Le Conseil constitutionnel censure une partie du texte le 7 août 2025, jugeant que certains articles constituent un cavalier législatif ou méconnaissent le principe de précaution. Cette censure ne porte pas sur l’ensemble du dispositif mais cible spécifiquement les modalités de réautorisation de l’acétamipride telles que rédigées initialement. Le Conseil d’État avait d’ailleurs émis un avis réservé en amont, un signal que le gouvernement a largement minimisé dans sa communication.
Où en est la loi Duplomb aujourd’hui : une saga législative sans fin
La proposition de loi initiale est votée et promulguée, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le gouvernement, les députés et les sénateurs reviennent sans cesse sur le sujet, preuve que le texte n’a jamais réglé le fond du différend entre agriculture productiviste et exigences environnementales.
La promulgation d’août 2025 et ses limites constitutionnelles
Emmanuel Macron promulgue la loi le 12 août 2025, quelques jours après la décision du Conseil constitutionnel. Les articles validés entrent en vigueur immédiatement, tandis que les dispositions censurées sur l’acétamipride restent en suspens juridique. Cette promulgation partielle crée une insécurité que les juristes agricoles décrivent encore comme inédite.
Duplomb 2 et 3 : comment le texte revient par la fenêtre
Un an après la première loi, le Sénat vote dans la nuit du 29 au 30 juin la réintroduction de l’acétamipride via un nouvel amendement, contre l’avis du gouvernement en place. La loi d’urgence agricole, surnommée Duplomb 2, est adoptée par le Parlement le 21 juillet puis promulguée le 19 août. Le Conseil constitutionnel valide cette fois l’essentiel du texte. Une troisième mouture, déjà surnommée Duplomb 3 par certaines associations, mobilise à nouveau les opposants via de nouvelles pétitions. Nous trouvons ce cycle de censures et de retours législatifs révélateur d’un blocage politique que personne n’ose nommer.
Est-ce que les agriculteurs sont vraiment pour la loi Duplomb
La réponse n’est ni oui ni non, elle est fracturée. Les agriculteurs ne forment pas un bloc homogène et le débat autour de ce texte le démontre plus que n’importe quel autre depuis des décennies.
Le clivage invisible au sein du monde agricole
Un exploitant de grande culture en Beauce et un maraîcher bio en Provence ne vivent pas la même réalité économique. La loi Duplomb profite avant tout aux filières intensives et à forte dépendance aux intrants chimiques. Les agriculteurs français engagés dans une transition agroécologique dénoncent au contraire un texte qui les fragilise sur le marché.
FNSEA versus Confédération paysanne : deux visions irréconciliables
La FNSEA soutient fermement la proposition de loi et revendique une victoire syndicale sur les dérogations pesticides. La Confédération paysanne, à l’inverse, dénonce un cadeau fait à l’agro-industrie au détriment des petites exploitations. Ce clivage syndical dépasse largement la question des pesticides, il touche à la vision même du modèle agricole français pour les prochaines décennies.
Deux syndicats, deux France agricoles qui ne se parlent plus sur ce texte.
L’agriculteur « moyen » face aux mégabassines et néonicotinoïdes
Sur le terrain, beaucoup d’exploitants avouent une certaine lassitude face à ce débat polarisé. Ils réclament de la prévisibilité réglementaire plus qu’une victoire idéologique sur les néonicotinoïdes. L’accès à l’eau via les mégabassines reste un sujet clivant même chez les producteurs conventionnels, certains y voyant une solution face à la sécheresse, d’autres une privatisation déguisée d’une ressource commune.
L’angle scientifique jamais évoqué : les données manquantes
Le débat médiatique s’est focalisé sur le clivage politique en oubliant l’essentiel, à savoir ce que disent réellement les données scientifiques disponibles sur ces substances.
Ce que l’ANSES et les chercheurs du CNRS refusent de dire publiquement
L’ANSES publie des avis techniques prudents sur l’acétamipride, sans jamais trancher publiquement la question politique de sa réautorisation. Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS, dénonce de son côté une instrumentalisation des données scientifiques dans le débat parlementaire. Cette réserve institutionnelle laisse un vide que les deux camps remplissent chacun à leur avantage.
Toxicité comparée de l’acétamipride : ce qui sort des labos
Des études publiées dans des revues internationales établissent un lien entre exposition à l’acétamipride et perturbation du système nerveux central chez le rongeur. D’autres travaux mesurent sa présence dans le liquide céphalorachidien d’enfants exposés. Le débat scientifique n’est pas clos, mais l’absence de consensus total ne signifie pas absence de risque, contrairement à ce que certains argumentaires laissent entendre.
- Simplification administrative pour les exploitants
- Réponse rapide à la crise de compétitivité agricole
- Soutien affiché de plusieurs syndicats majoritaires
- Réautorisation d'un pesticide classé toxique
- Pression accrue sur les ressources en eau
- Fracture profonde du monde agricole
Les conséquences invisibles : impacts régionaux et économies locales
Chaque territoire encaisse différemment les effets de cette loi, un point que les débats parisiens évacuent trop souvent.
Pourquoi les agriculteurs biologiques et conventionnels ne jouent pas au même jeu
Les filières biologiques subissent une concurrence accrue puisque leurs voisins conventionnels bénéficient de nouvelles dérogations phytosanitaires. L’environnement local, avec ses sols et ses cours d’eau partagés, ne connaît pas de frontière entre parcelle bio et parcelle traitée. Cette proximité géographique crée des tensions locales bien réelles entre exploitants d’un même canton.
L’effet domino sur l’eau potable, la biodiversité et la souveraineté alimentaire
Les captages d’eau potable situés en zone agricole intensive affichent déjà des dépassements de seuils réglementaires dans plusieurs départements. La biodiversité, notamment les pollinisateurs, encaisse un stress supplémentaire avec le retour de l’acétamipride. L’argument de souveraineté alimentaire, brandi par les défenseurs du texte, mérite d’être questionné puisque la France reste importatrice nette de nombreux produits agricoles malgré ces assouplissements.
C’est quoi la loi Duplomb en définitive
C’est quoi la loi Duplomb, une fois tous les éléments posés sur la table ? Un texte qui répond à une vraie crise agricole par des solutions qui déplacent le problème plutôt que de le résoudre. Entre pesticides réautorisés, mégabassines et fracture syndicale, ce dossier n’est clairement pas terminé. Duplomb 2 et déjà Duplomb 3 le prouvent, la France navigue entre urgence agricole et urgence écologique sans jamais choisir clairement de cap.
FAQ sur la loi Duplomb
Où en est la loi Duplomb en ce moment ?
Le texte initial est promulgué depuis août 2025, partiellement censuré par le Conseil constitutionnel. Une seconde loi, votée en juillet 2026 et validée cette fois par le Conseil constitutionnel, réintroduit l’acétamipride. Une troisième mouture est déjà annoncée par plusieurs associations qui organisent des pétitions.
Est-ce que les agriculteurs sont pour ou contre la loi Duplomb ?
Les avis divergent fortement selon les filières. La FNSEA soutient le texte et revendique une avancée pour la compétitivité, tandis que la Confédération paysanne le combat au nom d’un modèle agricole plus durable. Il n’existe pas de position unanime chez les exploitants français.





